Arnaud Serre: conserver le « caractère joyeux et guerrier » des ibériques

Helio, l’étalon PRE né en France chez Dominique Rozière, a pris sa retraite en début d’année, après une superbe carrière. Débourré et mis en compétition par la regrettée cavalière de dressage Sylvie Corellou, il fait avec elle ses premiers Grands Prix  en 2005, à dix  ans, puis un premier concours international à Vierzon en France. Il est 11e du Grand Prix Spécial.

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L’année suivante, Sylvie et Helio gagneront le Grand Prix du CDI de Biarritz et la Coupe de France Niveau A Grand Tour. En 2008 et en 2009,  ils seront quatrièmes des championnats de France Pro Elite.La carrière d’Helio aurait pu s’arrêter là. En février 2010, sa cavalière de toujours, Sylvie Corellou, se tue dans un accident de la route. Le cheval a 15 ans et Dominique Rozière, sa naisseuse et propriétaire,  a l’intuition qu’il est au sommet de sa forme. Elle le confie alors au jeune cavalier français  Arnaud Serre.

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Le nouveau couple fait son premier international en mai, à Lipica, où il termine 3e du Grand Prix.  Helio et Arnaud  remportent ensuite le Championnat de France Pro Elite et l’année  suivante le Grand Prix du CDI*** de Vidauban, et une fois encore ils gagnent les Championnats de France Pro Elite. C’est l’année des qualifications pour les Jeux olympiques de Londres 2012. Ils se lancent dans la course mais ne parviennent pas à se qualifier. Ils seront premiers réservistes pour la France.

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Arnaud Serre a répondu aux questions du magazine « Chevaux ibériques ».

Mag: Quand Dominique Rozière vous a demandé de prendre la succession de la défunte Sylvie, quelle a été votre première réaction, sachant qu’il s’agissait d’un PRE ?

Arnaud Serre: Je n’avais aucun préjugé vis à vis de cette race car non seulement j’en avais déjà monté et entraîné, mais surtout parce que les chevaux ibériques ont longtemps constitué l’essentiel de ma clientèle. Nous sommes installés dans une région qui reste très portée sur les races espagnole ou portugaise. Enfin, il se trouve que même à l’heure actuelle, ils ont ma préférence par rapport aux races allemandes ou hollandaises. Question d’affinités, de culture…et d’habitudes sans doute!

Mag: La première fois que vous avez monté ce cheval, qu’ avez-vous ressenti?

Arnaud: La première fois que j’ai monté Helio, je me suis tout de suite trouvé en terrain familier. J’avais le sentiment que c’était moi qui l’avais dressé, ce qui, à mon sens, reflétait la bonne qualité du travail qu’avait effectué Sylvie. Il était très facile à utiliser, joyeux et très bien dans ses basques. Le seul vrai problème était aux changements de pieds, qui étaient compliqués et assez aléatoires. Si ça c’est bien amélioré par la suite, ça n’est jamais devenu un point fort d’Helio. Mais le but était pour moi de réaliser mes lignes(2 temps et temps) sans faute, et en général, on y arrivait….

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Mag: Ses points faibles, ses points forts ?

Arnaud: Le point faible d’Helio, mis à part les changements de pieds, était la qualité de son pas qui était assez moyenne. On pouvait également lui reprocher de manquer un peu de force dans sa ligne du dessus. Cependant, ce dernier point était compensé par la grande générosité de ce cheval, son moral d’acier sans doute dû à sa qualité d’étalon, mais ce caractère joyeux et guerrier reste quand même une caractéristique de sa race.

Mag: Helio était-il un cas unique ? Connaissez-vous d’autres ibériques comparables, en France, qui pourront aller à un si haut niveau ? Si oui, lesquels ?

Arnaud: Un cas unique? Pour moi, de par l’attachement que j’ai pour ce cheval, sûrement. Maintenant, sportivement parlant, je ne crois pas. J’ai actuellement à l’entraînement d’excellents chevaux lusitaniens possédant trois bonnes allures et un mental de la même veine que celui d’Helio. Je nourris donc l’espoir et le projet de faire de ces chevaux, tous trois issus de l’élevage Massa, la digne relève d’Hélio.

Mag: Les ibériques ont-ils leur place dans la compétition à haut niveau ?

Arnaud: Les ibériques ont de plus en plus leur place à haut niveau. D’abord, parce que des chevaux comme Fuego (PRE) ou Rubi (Alter Réal) ont ouvert la voie et ont commencé de populariser la race. Mais surtout car la qualité des ibériques s’est réellement améliorée ces dernières années, les éleveurs produisant des chevaux plus forts, avec une meilleure locomotion, tout en ayant su préserver la qualité essentielle de ces races: leur bon caractère. Les produits Massa que j’ai à la maison en sont la brillante illustration.

Mag: Que doivent encore améliorer les éleveurs d’ibériques s’ils veulent pouvoir rivaliser avec les chevaux de dressage européens ?

Arnaud: Je pense que les éleveurs sont aujourd’hui sur la bonne voie. Leurs chevaux sont plus puissants, plus forts dans leur dos, plus rapides derrière. Cependant, il faudra réussir, tout en gagnant sur ces terrains là, à préserver les qualités de souplesse et de gentillesse de ces races là.

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Mag: A ce propos, la race ibérique peut-elle devenir une race de dressage sportif tout en conservant ses principales caractéristiques ?

Arnaud: Les races ibériques sont en bonne voie de figurer parmi les races de sport dédiées au dressage. Et, pour l’expérience que j’en ai, il semblerait que l’amélioration des qualités sportives des chevaux ne se fasse pas au détriment des qualités acquises au cours de nombreuses décennies de sélection, pas plus qu’au détriment de ce qui caractérise physiquement ces chevaux qui demeurent, et doivent demeurer, des chevaux esthétiques et rustiques.

Mag: Si on vous propose un autre ibérique à monter en compétition, quelle sera votre réaction ?

Arnaud: J’ai plusieurs chevaux ibériques à monter actuellement. Certains sont des chevaux voués à être travaillés afin que leurs propriétaires se fassent plaisir lorsqu’ils les montent. Les autres viennent de l’élevage de Sylvain Massa. Robinson de Massa est un lusitanien de 8 ans qui va entamer cette année sa première saison en Grand Prix et avec lequel j’ai beaucoup d’affinités.  Je crois énormément en lui… Tonique de Massa, est un 6 ans très prometteur.  Le dernier devrait rentrer d’ici fin janvier.  Il s’agit, pour changer un peu, d’un croisé (allemand-lusitanien) de 5 ans. Un grand cheval avec une grosse locomotion…et bien sûr une « bonne tête »! (Ch.O.-Photos KT)

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Catégories :L'interview

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